HOMMAGE A JEAN CABIROU




Il s'appelait Jean. Il est vite devenu, pour nous, le Pépé Cabirou. Ou plus simplement LE pépé. Certains, nous avait-on rapporté, le nommaient autrement. Un qualificatif odieux, que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître et que je me refuse à rapporter ici. Nombreux cependant, parmi vous, sauront à quel qualificatif je fais allusion. 

Plutôt grincheux, en proie à des colères soudaines, explosives, l'été venu, il ne manquait jamais une action d'éclat. La saison des touristes semblait éveiller en lui une frénésie ménagère. Un ensemble hétéroclite, des boites, canettes de coka, chiffons accumulés les dix derniers mois atterrissaient pèle mêle au milieu de la rue des Douves, sous le regard médusés des passants. 

Souvent, cependant, on le trouvait assis sur son petit muret, ou sur une chaise à observer passer la vie des autres.

Il semblait éternel, le Pépé. Il ne l'était pas. Il n'était pas resté, non plus, toute sa vie durant, assis devant sa porte. Il avait voyagé, au Canada, où il avait travaillé comme garçon de café. Il conduisait des bus, à Avignon. 

Il ne retenait pas, ou ne voulait pas retenir la plupart des noms des personnes qu'il croisait. Il les désignait par leur fonction. Moi cependant, il m'appelait "Madame Françoise". En parlant de Théofane, il disait, l'autre, la petite, j'arrive pas à me rappeler comment elle s'appelle..." Mais de Lucie, il se souvenait très bien. Je crois que sa propre mère se nommait Lucie. Immanquablement, pendant plus de 10 ans, même bien après que Lucie ait quittée Séverac, le 13 décembre, il venait frapper chez nous avec une boite de chocolats. Pour elle. Parce que, répétait-il alors "A la sainte Luce, le saut d'une puce.".

On racontait qu'il avait été marié. Deux jours... Légende ou vérité...

Le Pépé avait eut un chien dont il conservait précieusement la photo. Un jour, il prétendit qu'un représentant de commerce avait volé cette photo. Il en a même parlé aux gendarmes ! Dieu qu'il nous a saoulés avec cette histoire...

Souvent, les larmes lui venait aux yeux. Il se rappelait les allemands venu chercher son voisin, pour l'emmener là-bas, dans un camp.

Il ne voulait pas mourir seul. Il craignait que les rats ne le mange.

Il était terrible, le Pépé, ingérable et unique.

Chapeau bas, MONSIEUR JEAN CABIROU, où que vous soyez, Lucie, Théofane et moi espérons bien que vous mettez encore un sacré bazar chez les anges ou chez les diables ! 


 Portrait à la mine de plomb de Yolande (Laissac)


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